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12/03/2007

LU DANS LE MONDE: LES CONSEILLERS ECONOMIQUES DE FRANCOIS BAYROU

De Jean Peyrelevade à Christian Saint-Etienne, le réseau éclectique de François Bayrou, par Marie-Béatrice Baudet


grégé de lettres, François Bayrou confiait au quotidien La Tribune le jeudi 8 mars : "ma pensée économique, je me la suis formée tout seul". Philippe Chalmin, professeur à l'université Paris-Dauphine, proche conseiller du candidat UDF lors de l'élection présidentielle de 2002, confirme que "personne ne peut vraiment dire qu'il l'influence". En revanche, et ceux qui l'entourent sont unanimes à le reconnaître, il "sait écouter", et quand il a une question à poser, un SMS ou un coup de fil suffit, "généralement très bref car il comprend extrêmement vite", témoigne Jean Peyrelevade, aujourd'hui associé-gérant de la banque d'affaires Toulouse & Associés.

Proche de Dominique Strauss-Kahn, longtemps sympathisant du courant "Gauche moderne" fondé par le sénateur socialiste et maire de Mulhouse Jean-Marie Bockel, l'ancien directeur-adjoint du cabinet de Pierre Mauroy fait désormais partie du premier cercle des conseillers économiques de M. Bayrou.

A ses côtés : Jean Arthuis, sénateur UDF de la Mayenne, président de la commission des finances du Sénat ; Charles-Amédée de Courson, député UDF de la Marne, secrétaire de la commission des finances de l'Assemblée nationale ; Christian Saint-Etienne, économiste libéral, professeur aux universités de Tours et Paris-Dauphine. Drôle d'attelage ? "Il a fallu faire vite", reconnaît M. Arthuis, réfutant néanmoins le terme de "bricolage". Si une rencontre plénière a lieu, en principe, une fois par semaine, beaucoup de contacts se font en bilatéral.

Chacun des quatre conseillers a "sa" spécialité. Jean Arthuis est plutôt le "M. Mondialisation", dont il souligne depuis plus de dix ans les dangers et les dérapages, expliquant "que seule une économie sociale de marché peut servir d'antidote aux excès de la financiarisation". M. de Courson est, lui, l'expert en questions budgétaires. M. Saint-Etienne, qui travaille avec François Bayrou depuis 2001, après avoir été "un soutien de Raymond Barre", décode les concepts, les articule et trace les pistes.

Ancien président du Crédit lyonnais, membre de "l'establishment", M. Peyrelevade précise ne pas être là "pour amener au bercail les patrons du CAC 40". "D'ailleurs, poursuit-il, ils sont tenus à un devoir de réserve, mais, en privé, un certain nombre nous encouragent "bravo, continuez".". Il est en contact avec le mystérieux réseau Spartacus, qui rassemble des hauts fonctionnaires du ministère de l'économie, "corrigeant deux ou trois virgules avant que leur texte dans la presse ne paraisse".

"PAS DE KEYNÉSIENS PRIMAIRES PARMI NOUS"

S'ils parviennent à se fédérer, c'est essentiellement autour de trois éléments : primo, le retour à l'équilibre des finances publiques clamé haut et fort par le candidat UDF : "nous sommes en harmonie totale sur ce sujet, confirme M. Peyrelevade. Pas de keynésiens primaires parmi nous. Un Etat surendetté est un Etat impuissant". Deuxième point qui les réunit : la méthode de travail : "François Bayrou ne raconte pas de salades", résume M. Arthuis. "Il ne prétend pas détenir la vérité. Nous sommes loin d'un Valéry Giscard d'Estaing, un technocrate libéral qui avait déjà toutes les solutions en tête", ajoute M. Saint-Etienne. Troisième élément : la priorité donnée aux PME. "Il faut relancer l'offre en faisant confiance aux chefs d'entreprise", insiste M. Saint-Etienne, auteur avec Jean-Paul Betbèze d'un rapport au Conseil d'analyse économique (CAE) publié en juillet 2006, intitulé "Une stratégie PME pour la France", dont Renaud Dutreuil, ministre de Dominique de Villepin, s'est inspiré pour favoriser les "gazelles", ces entreprises à forte croissance.

Mais ces PME justement, comment les rassembler ? En 2002, François Bayrou "n'avait pas vraiment de réseaux de terrain", reconnaît Michel de Fabiani, président du Cercle économique Sully, créé le 6 avril 2005, qui regroupe, comme il l'explique lui-même, "des patrons d'entreprises de toutes tailles, dont les idées sont démocrates, sociales, libérales et européennes". "Loin des cercles parisiens habituels réservés aux grands patrons", ajoute-t-il. Ancien PDG de BP Europe, président de la chambre de commerce franco-britannique, ancré dans une sérieuse culture de l'entreprise à l'anglo-saxonne, l'homme siège néanmoins dans plusieurs conseils d'administration. Il est d'ailleurs président du comité de rémunération de Rhodia.

Jean Arthuis a lui aussi aidé à un meilleur ancrage du côté des PME en lançant en 2006 avec Didier Benchimol, président de Cartesis, éditeur de logiciels, le "Cercle des entreprises offensives" (CEO), groupe de réflexion autour de structures "françaises de naissance, européennes par nature, internationales par vocation". Qu'il s'agisse du Cercle économique Sully ou du CEO, les deux organisations entendent défendre l'entreprise en rationalisant le cadre administratif et fiscal, rappelant l'importance du dialogue social, mais "décentralisé" au niveau de la branche professionnelle ou à celui de l'entreprise. Des pistes qui ne devraient pas déplaire à Alain Madelin. Le député libéral UMP, qui n'a pas souhaité faire de commentaires, n'est pas dans le premier cercle. Mais il est en contact avec François Bayrou à l'écoute.


Marie-Béatrice Baudet


BIBLIOGRAPHIE:

 

LE PROJET ESPOIR, de François Bayrou (2007, Plon, coll. Actualité, 194 p., 17 €).

 

 

MONDIALISATION, LA FRANCE À CONTRE-EMPLOI, de Jean Arthuis (2007, Calmann-Lévy, 252 p., 16 €).

 

 

L'ETAT EFFICACE, de Christian Saint-Etienne (2007, Librairie académique Perrin, 280 p., 17 €).

 

Centre et centrisme en Europe aux XIXe et XXe siècles, sous la direction de Sylvie Guillaume et Jean Garrigues (2006, PIE-Peter Lang, coll. "Cité européenne", 288 p., 33,75 €, www.peterland.net).

 

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