« LU DANS LE MONDE: "Une recrue de choix" | Page d'accueil | LU DANS LE MONDE: LES CONSEILLERS ECONOMIQUES DE FRANCOIS BAYROU »

12/03/2007

Quand Bayrou fait changer de stratégie à Sarkozy...

UNE ANALYSE DU MONDE:

Nicolas Sarkozy rêvait d'un premier tour triomphal, il semble désormais se contenter d'une qualification au plus juste. Alors que les sondages se resserrent entre François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, aucun de ces candidats à la présidentielle n'est désormais en mesure d'affirmer qu'il sera qualifié pour le second tour. "25 % des voix, c'est très bien. Il n'est pas nécessaire d'être à 30 % pour gagner le second tour", explique, désormais, Claude Guéant, directeur de campagne du candidat de l'UMP. Cette modestie n'est pas feinte. Après avoir pensé que la montée du candidat de l'UDF ne serait qu'un feu de paille - "il n'y a pas d'effet Bayrou", se rengorgeait-il, en janvier -, M. Sarkozy a fait du président de l'UDF, qui mord désormais sur son électorat, son concurrent prioritaire.

medium_bayrou_sarko.jpg

 


Le changement de stratégie est déjà visible. A chacun de ses discours, chacune de ses interventions médiatiques, M. Sarkozy souligne à loisir les risques de sa démarche et l'insuffisance de son projet. "Il ne s'agit pas d'une élection à la présidence d'un conseil général", lâche-t-il, en renvoyant M. Bayrou et son "gouvernement des meilleurs" aux errements de la IVe République. La référence ayant été jugée un peu trop "datée", il brandit désormais l'épouvantail d'une situation "à l'italienne" avec "109 ministres et onze formations politiques" dans la coalition de Romano Prodi.

"NE PAS DÉVISSER"

 

Mais les enquêtes dont dispose l'UMP soulignent que M. Bayrou séduit aussi par son programme économique : la proposition de M. Bayrou de deux emplois exonérés de charges sociales passe bien auprès des artisans et des petits entrepreneurs, un électorat choyé par l'UMP. L'objectif de M. Sarkozy est de monter que son projet est "plus ambitieux et plus courageux". Il compte faire la différence avec le président de l'UDF par ses propositions sur la sécurité sociale professionnelle et le contrat de travail unique. "On va désormais entrer dans un débat de fond avec M. Bayrou, se réjouit Patrick Devedjian. Le réel va enfin s'exprimer."

Reste à M. Sarkozy à ne pas "dévisser" à son tour et de "bétonner" son premier tour. Objectif numéro 1 : reprendre l'offensive en direction des classes populaires, où il est désormais devancé par Jean-Marie Le Pen et Mme Royal. Pour ses conseillers, la valeur cardinale de la campagne reste le travail et la relance du pouvoir d'achat. S'y ajoute la "préservation de l'identité nationale". Cette dernière proposition, "totalement assumée par le candidat", selon un de ses proches, aurait l'avantage de recréer le clivage droite-gauche et de séduire les catégories populaires perturbées, plus que d'autres, par l'immigration, la mondialisation et la révolution technologique. "Ces gens ont dû mal à s'accrocher à un siècle qui va très vite", explique M. Guéant.

Dans le même temps, Nicolas Sarkozy souhaite réapparaître comme l'homme de la "rupture". Ce credo lui a permis de construire le plus grand parti de France en nombre de militants, avant d'être abandonné au profit du "tout est possible". Cette ambition se heurte pourtant à son souhait d'obtenir le soutien de Jacques Chirac. Comment profiter de la popularité du chef de l'Etat qui devrait augmenter dès lors qu'il ne se représente pas et ne pas apparaître comme un héritier direct ? D'autant que le ministre de l'intérieur s'éternise Place Beauvau, soulignant du même coup sa filiation avec le gouvernement en place. Son départ est envisagé "avant la fin du mois". "Cela devient possible à partir du 24 mars", explique M. Guéant.

Arnaud Leparmentier et Philippe Ridet (LE MONDE)

Les commentaires sont fermés.