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05/04/2007

"La république à ciel ouvert"...Une analyse de Daniel RIOT

AZOUZ BEGAG, ou la chance de Dominique de Villepin gâchée (par Nicolas Sarkozy) …

Azouz BEGAG a tiré sa révérence. Pour être pleinement libre de sa parole. Ouvrons les oreilles et les yeux : son livre promis ne sautait tarder. En attendant, j’ai relu son rapport de 2004 au ministre de l’intérieur, accessible sur le site de la Documentation française :De Villepin l’a-t-il lu ?  Sarkozy n’a vraiment pas du le lire…Dommage !

Azouz Begag    restera une référence : celle d’une chance, offerte par Chirac et de Villepin, et   gâchée par Sarkozy. D’une chance pour la France. D’une chance pour recoudre une société déchirée. D’une chance de retisser ce lien social si fragilisé par 25 ans de politiques contradictoires…

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Azouz Begag restera comme un ministre qui  incarnait une politique intelligente, équilibrée, porteuses de vrais changements à moyen et à court terme mais  brisée par la vue basse et politicienne d’un ministre de l’intérieur qui ne mérite pas le surnom de « premier flic de France », tant la plupart des flics, même condamnés à subir « l’aculture des résultats », ont une meilleure approche des réalités… Plus réaliste et plus humaine, donc plus efficace. 

Face à Begag,  Sarkozy a montré son vrai visage : l’homme d’un ordre proclamé mais non installé, l’agent d’une droite autoritaire et peu éclairée, le ministre de l’intérieur le plus imposteur que la V ième République ait connu, un être qui ne supporte pas la contradiction et érige le mépris en vertu…de dialogue. Comme tant de ses supporters du « premier cercle » (non vertueux) qui l’entoure.

Begag ? « On n’a jamais très bien compris à quoi il servait au gouvernement », lâche l’un d’eux. « « Voilà longtemps qu’il aurait dû démissionner », dit un autre. « C’est l’Arabe de service de Chirac », lance un troisième. «  l’Arabe qui cache la forêt »… « Un alibi », chantent tous ces grands hommes qui se battent déjà pour savoir qui sera retenu au gouvernement en cas de victoire de N.S. … et qui regrettent , en fait, que Borloo, « ce naïf un peu de gauche», ait rallié le candidat de la « droite pure et dure », issu d’un gaullisme trahi, soutenu par des faux centristes du camp des « invertébrés opportunistes de droite » et impatient de ne gouverner qu’au profit de ceux qui l’aiment, lui, ou qui ont peur de lui…

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Ce fils de maçon algérien, Lyonnais depuis 48 ans,  a souffert dans ce gouvernement au bilan si mauvais que  Sarkozy préfère le taire. Il a été en permanence tiraillé « entre la rage de se battre pour la mixité sociale », par la mission que lui a confiée le Président Chirac » et l’humiliation de jouer les utilités ethniques, entre la volonté de parler avec ses tripes et la soif de siéger au gouvernement. 

Dominique de Villepin avait  fait entrer cet enfant du bidonville de Villeurbanne au gouvernement comme ministre de la promotion de l’égalité des chances, en comptant  sur la silhouette du Beur écrivain et sociologue pour compenser les effets de gueule et de muscles de Sarko-le-cogneur.

Des élus de la majorité le regardaient d’abord avec cette commisération et ce paternalisme si caractéristiques des suffisants arrogants. Tout s’est gâté   quand « le bougnoule de service »  s’est permis  d’appeler publiquement  M. Sarkozy, pourfendeur de « racaille », à mieux « choisir ses mots ». Puis quand il met l’accent sur la nécessité de se méfier de tout ce qui peut favoriser ce   communautarisme dont Sarkozy semble s’accommoder. 

S’il a réagi au verbe sarkozien, ce n’est pas pour alimenter une guéguerre ou pour se rendre intéressant aux yeux des médias si fréquentés par le ministre de l’intérieur, mais, a-t-il dit,  pour « préserver son équilibre d’homme libre », pour « pouvoir se regarder dans la glace » quand il sera ancien ministre.

Ce qui lui a fait physiquement « mal au ventre », ce sont les insinuations de politiques et de journalistes  sur le « Beur de service ».  « C’est insultant, quand on a écrit 40 livres, quand on a tant donné pour les valeurs de la République, de s’entendre renvoyé à son origine, à un statut d’esclave »,a-t-il martelé, à plusieurs reprises. « Quel message de désespoir adresse-t-on aux jeunes en leur disant que le ministre de l’égalité ne sert à rien ? »

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Il se veut ministre de toutes les discriminations — y compris contre les femmes, les handicapés et les seniors —, mais Begag, en ministre et en sociologue vit intensément et mal  « l’intifada des banlieues ». « Des jeunes détruisent un espace public auquel ils n’ont pas le sentiment d’appartenir. Il faut redonner un sens au vivre ensemble, le goût aussi de sortir de son quartier pour s’en sortir. »

Le ministre n’est pas un laxiste : « Il faut rétablir l’ordre : ce sont les voitures des travailleurs que l’on brûle.” Mais « rétablir l’ordre au sens de la police républicaine »… « Avec un authentique esprit de justice et une politique qui donne une vraie égalité des chances ».

Il multiplie les propositions : multiplication des passerelles entre lycées populaires et grandes écoles, diffusion de l’enseignement du chinois, porteur de débouchés, création de brigades de police spéciales antidiscriminations. “Les jeunes refoulés d’une boîte de nuit doivent pouvoir appeler le 17, trouver la République au bout du fil. ». Il fait de son mieux, mais dans ce secteur là, la bonne volonté ne suffit pas…

Azouz BEGAG s’est rallié à François BAYROU sans avoir négocier quoi que ce soit avec lui. A la vue de son projet. Il est vrai que bien des idées prônées par le ministre démissionnaire dans son rapport intitulé « La république à ciel ouvert » rejoignent celles avancées par le candidat de « l’extrême centre ».

Toutes sont imprégnées de la même philosophie et des mêmes valeurs : esprit républicain, principe d’humanité, humanisme, respect de la devise de la république (Liberté, Egalité, Fraternité) dans les faits et pas seulement dans les discours.

Toutes visent les mêmes buts : recoudre un tissus social déchiré, travailler à une égalité des chances qui soit réelle et non seulement proclamée, s’attaquer aux racines des maux qui secrètent la violence, l’incivilité et l’insécurité (éducation, prévention, répression et réinsertion, aide aux victimes, politique de promotion sociale et non assistanat stérile, lutte contre les économies parallèles…). De beaux chantiers en perspective… Des chantiers à mener à bien IMPERATIVEMENT!

Daniel RIOT

PS: Je reprends ici le sommaire de son rapport qui reste un vrai programme d’actions :

La République à ciel  ouvert

Introduction : la France n’a pas assuré !

I- L’EGALITE DES CHANCES : DU MODELE A LA R EALITE

1.1- L’esprit de l’égalité des Chances

1.2- Les biais et les difficultés de la course

II- FRUSTRES DE PRAGMATISME

2.1- Des approches pragmatiques

2.2- Veiller toujours à associer diversité et qualité

2.3- Implications directes sur le cas français

2.4- Plaidoirie pour l’auto-déclaration des origines dans les statistiques en France

2.5- La promotion de l’égalité des chances n’est pas la charité

III- RECONNAISSANCE DE L’INDIVIDU

3.1. Promotion plutôt qu’intégration

3.2. « Je » républicain contre « nous » communautaire.

IV- « ALLER CHERCHER » LES CANDIDATS

4.1. Le contentieux historique entre les jeunes d’origine maghrébine et la police

4.2- Campagne de promotion ciblée et offre de stages

4.3. La Brigade anti-discrimination

4.4- Diversifier les jurys d’admission

4.5- Diversifier le contenu des concours

CONCLUSION : vers une culture de la mobilité

A LIRE EN pdf  >>>>>>>>

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RAPPEL

Banlieues : « Le tissu de notre société est en train de se défaire. », par François BAYROU 

 Les habitants des cités de banlieues souffrent, tout comme ceux des villages, de la démission de l’Etat. Face à l’échec des politiques menées depuis vingt-cinq ans, François Bayrou appelle à une reconstruction en profondeur.

«  Les banlieues, c’est l’immense échec français. Comment peut-on laisser se “durcir” des zones de non-droit et de désespérance ?

Alors que l’État est omniprésent là où tout va bien (dans le centre de Paris, quelle profusion d’uniformes et de gyrophares !), il a complètement disparu des endroits où cela va mal : dans les banlieues sensibles comme dans les zones rurales en difficulté.

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Alors l’Etat semble y arriver de l’extérieur, en position d’intrusion ou de contrôle. Et il y intervient pour réprimer, la situation tourne à l’affrontement. Tout le monde a peur : en lisant les articles sur les agressions des Tarterêts, on a appris que les policiers avaient pour consigne de ne pas entrer dans la cité et de se contenter de patrouiller autour !

Il y a trois directions à suivre.

>>>En tout premier lieu, inverser notre politique et réimplanter l’Etat au coeur de ces quartiers, pour y incarner la sécurité et le service public. Pas seulement la police de proximité, mais l’Etat de proximité. Pas seulement l’Etat répressif, aussi l’Etat qui protège et qui aide.

Je propose qu’il y ait désormais un sous-préfet qui représente l’État dans chacun de ces quartiers. Avec si possible des fonctionnaires habitant dans les quartiers. Et je suis prêt à les recruter parmi les hommes et les femmes des quartiers, et ils entreront ainsi dans la fonction publique.

Je propose que des conseils de quartier soient désormais élus ; ils se réuniront sous l’autorité du maire, en présence du sous-préfet.

>>>Deuxièmement, en profondeur, un travail de mixité sociale. Cela passe par la destruction des barres d’habitation qui doivent l’être. Ainsi pourra-t-on mélanger les populations : faire se côtoyer des conditions moyennes, des réussites et des situations de crise. Il importera aussi de proposer d’autres localisations d’ensembles de logement : défaire et éviter les ghettos, y compris dans l’architecture et la géographie.

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>>> Enfin, c’est par l’école et la famille que tout passe. Un très grand nombre de familles se trouvent sans repères face à l’éducation de leurs enfants. Dans les cités, le collège est en première ligne. Il faut y ramener le calme : en sortir les jeunes qui déstabilisent leur classe ou leur établissement, en créant des structures scolaires de recours ; et introduire des parcours d’excellence, des classes de réussite, précisément dans ces quartiers dit sensibles. Proposer dans ces quartiers-là les mêmes options qu’ailleurs, et faire en sorte qu’y enseignent les meilleurs de nos maîtres.

Il faut prouver que la réussite est possible partout. »

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