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09/04/2007
Questions réponses : Et l’Europe de la Justice ?
De M. Vincent Petitjean (de Rouen) Voyant vos blogs, je m’interroge : Pourquoi ne parle-t-on pas plus de Justice dans cette campagne électorale ? L’affaire Outreau avait pourtant fait grand bruit…Le soufflé est retombé. Un vrai scandale…Et les liens entre Politique et Justice ? Voir Tapie rallier Sarkozy ne me fait pas sourire… Et nos prisons ? Tous les candidats se sont engagés, mais que valent ces promesses déjà faites depuis des lustres et jamais tenues… Et la formation des magistrats ? Et la lutte contre la grande criminalité, contre les trafics.
J’ai signé voilà longtemps déjà votre pétition pour une Europe de la Justice, mais on ne parle ni d’Europe ni de Justice dans cette campagne qui n’est comme dit je ne sais plus qui que « marketing » et « zapping »…Je vous admire de ne pas être découragée par la politique. Moi, je crois que je vais faire partie de ceux qui vont rester chez eux ou aller à la campagne le 22 avril. Trop triste, notre vie politique. Trop décourageante !

Chantal CUTAJAR : S’abstenir ne résout rien…Le « cultivez votre jardin » de Voltaire n’est pas un mot d’ordre en faveur de l’indifférence, de la passivité, du retrait. Notre jardin, C’est notre cité, la France, l’Europe, le monde…Porter des idées, c’est souvent décourageant. Les arts de prêcher dans le désert ou de labourer la mer ne procurent guère de satisfactions. Il n’est pas toujours facile d’imaginer Sisyphe heureux, surtout quand on se voit soi-même en train d’essayer de pousser le rocher ! J’en conviens.
Ne m’imaginez surtout pas dans un état permanent d’enthousiasme et d’euphorie. Mes enfants et mes proches pourraient vous le dire. Mais le « je » ne vaut que par les « nous ». Même les misanthropes ne sont misanthropes que par rapport aux autres… De plus, le simple bon sens doit nous guider : « Si tu ne s’occupes pas de politique, c’est la politique qui s’occupe de toi ». Alors ?
Voter c’est aussi une question de respect : pour celles et ceux qui se sont battus pour conquérir le DROIT de vote, pour toutes celles et tous ceux qui en sont encore privés dans ce monde où les démocraties pluralistes restent minoritaires qui risquent leur vie ou leur liberté pour le conquérir. Ou pour le protéger ! Ce n’est pas là qu’une affaire de morale.
C’est d’ailleurs pour cette raison (entre autres) que l’approfondissement permanent de la démocratie doit être un souci citoyen prioritaire. La formule de Churchill (« c’est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres ») est d’abord à mes yeux une exhortation : travaillons à le rendre le moins pire possible…
C’est d’ailleurs ce qui figure en bonne place dans le projet de Bayrou. Ne veut-il pas prendre en compte les votes blancs, par exemple ?
Ne veut-il pas redonner au Parlement une importance qu’il n’a plus en France ?
Ne redonne-t-il pas à une « société civile » organisée (syndicats, associations, groupements…) un rôle de consultations, de concertations, de propositions, de réflexions plus important grâce à des réformes structurelles et structurantes (démocratie sociale, redéfinition de la composition du conseil économique et social, contrats pluriannuels avec les associations…).
N’insiste-t-il pas sur le retour à la séparation des pouvoirs, sur la restructuration des contre-pouvoirs, sur la refondation des organismes de contrôle ?
Montesquieu
« L’Etat impartial » n’est pas qu’une formule ou une promesse : c’est l’objectif d’un vaste plan de restructuration de l’Etat, d’assainissement de l’Etat, de restauration de l’Etat. Donc d’une revalorisation des fonctions publiques, des services publics, des services d’Etat. D’un dépoussiérage de nos bureaucraties. D’une lutte contre les mélanges des genres et des fonctions. La réforme de l’ENA dans cette perspective n’est ni simplisme ni démagogie électoraliste comme tant de critiques attachés à l’esprit de caste ont pu le dire : elle est symbolique d’une vraie révolution sereine et tranquille qui redonnera au mot « Etat » son sens premier : « qui tient debout et permet de tenir debout ».
C’est évidemment dans la perspective de cette refondation de l’Etat que se situent les réformes de la Justice que prône Bayrou. Ne dites pas qu’il n’en parle pas. Sur ce sujet comme sur d’autres, la grande difficulté en politique (et surtout en campagne électorale trop transformée en spectacle) ce n’est pas de penser et de dire, c’est d’être écouté, de se faire écoute. Regardez de près son programme et comparez le aux autres : il n’y a pas photo.

Indépendance de la Justice par rapport à la politique : réformer de haut en bas. A commencer par le Conseil d’Etat, qui est juge et partie. Et par le ministre de la justice, Garde des Sceaux qui cesserait d’être un ministre parmi d’autres, comme les autres. Il serait nomme à la majorité des trois quarts, donc hors des sphères d’influences politiciennes, par le Parlement auquel il rendra des comptes chaque année. Indépendance et transparence. C’est lui qui présiderait le Conseil supérieur de la magistrature rendu vraiment INDEPENDANT du pouvoir politique. Enfin… Et cette indépendance s’installerait jusque dans les prétoires. Enfin… Cette INDEPENDANCE inséparable de la TRANSPARENCE.
J’ai d’ailleurs déjà répondu à cette question sur la Justice qui revient plus souvent ici que sur les plateaux de télévision, ce qui est évidemment dommage… Pour le détail des propositions de Bayrou je vous renvoie donc à ma note précédente
Pouvons-nous aller plus loin ? Bien sûr. Sur la formation des magistrats notamment et sur les expertises en tous genres: Mon expérience de juge de proximité m'a appris beaucoup. j'aurai sans doute l'occasion d'y revenir.

Rassurez vous: Je n’ai en rien varié dans mes convictions sur l’impérative nécessité de renforcer les luttes contre les corruptions, contre les trafics en tous genres, contre l’économie souterraine (et pas seulement dans les banlieues !), contre les circuits du blanchiment de l’argent sale, contre toutes les formes de criminalités financières.
Nous sommes là au cœur de mon activité professionnelle. Je ne compte plus les études faites, les rapports présentés, les plans d’actions mis au point.
De même, l’une des raisons de mon militantisme en faveur d’une Europe politiquement unie vient d’un constat simple : seuls des moyens d’actions au moins à l’échelle européenne peuvent permettre de lutte efficacement contre les réseaux mafieux ou non de la géo-finance criminelle internationale.

Les arguments et les propositions de mon « appel d’Offenbourg » restent pleinement d’actualité. Mais l’Europe de la justice passe par une Europe politique constituée. Sur ce chapitre, les positions de François Bayrou me paraissent (et de très loin !) les plus porteuses d’avenir
Je vois aussi chez François Bayrou ce que je ne vois chez aucun autre candidat : une réelle volonté d’oeuvrer concrètement sur ces terrains on ne peut plus minés. Une réelle volonté de se battre pour faire de la Justice un vrai pouvoir et non un auxiliaire du pouvoir politique.
La première raison de mon engagement en politique est cette volonté de Justice, cet esprit de Justice. Sans justice, pas de vraie liberté, pas de vraie égalité, pas de vraie fraternité non plus. Car c’est l’injustice qui fait de « l’Homme un loup pour l’Homme ». Qui déchire le tissu social. Qui chiffonne le tissu sociétal. Et c’est le Droit au service de la Justice qui donne du sens au mot « valeur ». Ce mot que seuls les cyniques méprisent, moquent ou négligent…Ce mot qui est au cœur du projet de Bayrou.
Chantal CUTAJAR
14:20 Publié dans QUESTIONS -REPONSES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : strasbourg, justice, bayrou, présidentielles, europe

