« La « Révolution Bayrou » continuera aux Législatives | Page d'accueil | POUR OU CONTRE: SEGO OU SARKO? »

30/04/2007

Le tas d'or et les quatre goussets, une analyse de Daniel RIOT

François Bayrou face aux « pièges à centristes »…

Comment protéger un « tas d’or » partagé en quatre goussets ?

François Bayrou est le premier à le savoir. Son « tas d’or » (ses près de 7 millions de voix)  ne lui appartient pas et les récoltes de ce qu’il a semé, avec courage, pertinence et talent, ne sont pas assurées.

En homme de la terre qui  connaît bien le cycle des saisons et l’obligation  de composer avec les variations du temps, il sait que pour lui le printemps s’achève cette semaine…Et que l’été s’annonce très orageux !

medium_BayrouMayotte-09_bis.jpg

Après avoir tenu la vedette (ce qui est exceptionnel pour un éliminé !) dans la première partie de la campagne du second tour, après avoir été courtisé, voici à nouveau « l’homme au tracteur » dans son rôle de cible, d’homme à dépouiller (on veut même le priver de l’usage du sigle UDF, propriété industrielle de Hervé de Charrette !), d’ennemi à abattre.

Car il gêne toujours, Bayrou. Et il gênera toujours si ses ailes, ses bras, ses jambes,  ne lui sont pas  coupées… Il gênera les deux « camps » en présence, quelque soit le vainqueur de dimanche prochain… Il gênera et… il sera gêné. S’il ne réussit pas à éviter les pièges tendus aux « centraux » par la droite, la gauche et bien des « centristes borgnes »…

Le Béarnais peut peser sur le bipartisme,

mais non mettre  fin (pour l’heure) à la bipolarisation

Pourquoi ? Parce que dans le système actuel, Bayrou a la faculté d’affaiblir le bipartisme mais il ne dispose  pas  des moyens de mettre fin à la bipolarisation de la vie politique française, cette bipolarisation qui mine le pays depuis la fin  du gaullisme, les trahisons de l’esprit gaullien et surtout les transgressions des institutions héritées du gaullisme.

medium_bayrou_tracteur.2.jpg

>>> En cas de victoire de Sarkozy, il devra affronter les mêmes difficultés que lors de la création de l’UMP en 2002. Hémorragie à l’UDF… Quand les ambitions rejoignent les penchants culturels, pourquoi ne pas céder aux sirènes ?  Avec une interrogation essentielle pour lui : quelles seront les lignes de partage entre les élus UDF qui ont voté Sarkozy au deuxième tour sans rejoindre le « pôle centriste » de  la « majorité présidentielle »  et les UDF qui veulent tirer parti de la « dynamique Sarko » tout en  restant « libres » et fidèles au « cap Bayrou » ?

>>> En cas de victoire de Royal, et si le courant social-démocrate,comme c’est probable,  « tient » Matignon, Bayrou sera moins « sucé », « pompé », « vidé » sur sa droite, mais il risque de perdre une partie de son électorat de gauche (les déçus de DSK) qui étaient prêts à  rejoindre  le Parti ou  l’Alliance démocrate issu (e) de l’UDF métamorphosée.

Deux goussets à droite, un à gauche et un ailleurs…

medium_bayrou_canne_a_sucre.jpg

Actuellement, le tas d’or Udf se divise en quatre goussets.

*Deux sont   sous les aisselles de  Sarko à  droite :  celui de ceux prêts à rejoindre le « sarko-centrisme » déclaré qu’animent le bon Raffarin et le gentil Douste et celui de ceux prêts à suivre l’attelage de choc Santini-de Robien, le clown et le sacristain, qui veulent reprendre les clefs de la maison UDF à Bayrou
*Un est accroché  à la ceinture de Royal : celui de ceux qui espèrent qu’une défaite de Sarkozy se traduire par des réformes institutionnelles conformes au projet de Bayrou.

*Le quatrième est  en jachère (vote blanc ou abstention) : celui de ceux qui, défiants ou adeptes d’un « wait and See » prudent,  plongés dans un profond désarroi, entre écoeurement et désengagement…

De grands tests à venir et l’horizon 2012

Sur ces quatre goussets, Bayrou peut en conserver ou retrouver trois. Pas mal ! Mais le grand test est à venir… en plusieurs étapes :

1) Les résultat du second tour et la suite immédiate

2) Les investitures définitives pour les législatives

3) Le nombre d’udf présents au deuxième tour des législatives

4) Le nombre d’élus UDF et la constitution des groupes parlementaires a l’assemblée

5) Le vote d’investiture du gouvernement d’après les législatives

6) Les municipales

7) Les européennes

8) Les Présidentielles de 2012…

medium_bayrou_portrait_10.2.jpg

Bayrou doit raisonner en « ici et maintenant » et en regardant au loin, sans oublier l’imprévisible, qu’il faut …prévoir aussi. Comme un paysan doit savoir ce qu’il fera en cas d’orage de grêle,  de gel  ou … de jacqueries ! Un drôle de jeu, entre le poker menteur et les échecs.

« Les chaisières de Paimpol »

S’il appelle à voter pour Ségolène ou pour Sarkozy en dépit des griefs qu’il a envers l’un et l’autre et  des désaccords qu’il affiche avec elle et avec lui, Bayrou perd la moitié de son « tas d’or ».

Il renonce à sa « troisième chaise » pour retrouver le rôle de « strapontin »  que jouent les centristes depuis que De gaulle les a traités de « chaisières de Paimpol »…

Surtout, il rompt avec sa ligne, ou plutôt à la fonction « pivot » de « son centre central », force de contestations positives et de propositions constructives. Avec son positionnement « au-dessus » des camps, hors du « bloc contre bloc », au-delà du « béni oui-oui » et du « béni non-non »… Contre le « système », contre des mœurs politiques dévoyés, contre les passéismes de droite et de gauche.

S’il maintient sa « consigne » de « liberté de vote » et s’abrite derrière le « secret de l’isoloir » pour taire son propre choix, il va perdre une partie de sa crédibilité aux yeux de ceux pour qui « un responsable politique se doit de prendre position face à des choix électoraux ».

medium_bayrou_brest.jpg

La tentation de l'Aventin?  

Il va être bombardé de formules faciles, de « leçons », de quolibets… Santini va trouver plus de jouissance à allumer  son cigare avec Charasse, son ami venu de la gauche trouble… De Robien va recracher un peu plus de son venin. Même Douste-Blazy va se trouver de l’esprit…

« Comment dans la situation grave de la France qu’il a si bien analysée peut-il se retirer ainsi sur l’Aventin, ce mauvais perdant, plus universitaire que politique».

Il s’expose à tous les procès d’intentions, d’arrières pensées politiciennes et de calculs tactiques. Avec un mot d’ordre digne du milieu « sarko-centriste » : « Opération  Dénigrement B. phase terminale »…

Même certains de ses fidèles (UDF ou non, anciens convaincus ou nouveaux convertis) pourraient lui en vouloir, déçus de ne pas être guidés clairement par celui en qui ils ont toute confiance.

« Il va logiquement voter pour celle ou celui qui va faciliter le plus possible et le plus rapidement possible sa Révolution tranquille, sereine et responsable. Qu’il nous dise au moins vers qui il penche. Ou alors, qu’il hiérarchise  les risques que, selon lui, l’un et l’autre font courir à la France, la démocratie et le tissu social dans l’optique Sarkozy, l’économique et le social dans l’hypothèse Royal » …

Rester fidèles au « projet d’espoir »

Dans ces conditions, une fois le duel du 2 mai passé, que va dire le Béarnais avant le 6 mai ? Quels risques va-t-il prendre … pour limiter les dégâts des pièges à centristes ?

Le seul digne d’être pris est celui qui s’inscrit dans la pleine fidélité à son projet d’Espoir. Un appel aux urnes : les absents ont toujours tort, surtout quand il s’agit d’un rendez-vous avec les urnes… Un rappel de l’essentiel de sa vision : « plus rien ne sera comme avant »…pas même l’habitude des responsables politiques de se croire obligés de donner des « consignes » à leurs électeurs aux mains coupées par le verdict d’un premier tour couperet.

medium_bayrou-baraka_a_mayotte.jpg

Ses voix n'appartiennent qu'à ses électeurs

Son « dialogue » avec Ségolène Royal entre les deux tours a constitué une première. Qu’un grand responsable d’une formation qui a recueilli près de sept millions de suffrages laisse les « consignes » dans les casernes et dans les gares en constituerait une autre…

Les voix n’appartiennent qu’aux électeurs !

Dimanche prochain, la voix de Bayrou comptera comme celle de tous autres. Pas plus. Il est juste qu’il revendique le secret de l’isoloir. Il a le droit de laisser à d’autres l’exhibitionnisme des suffrages et du prosélytisme électoral (souvent calculé et intéressé, rarement porté par des convictions).

Ce n’est là, de ma part, que la conclusion (provisoire) d’une analyse (ou une espérance),  non une certitude ou le reflet de confidences… Attendons ! Le Béarnais a montré qu’il savait créer des surprises. Le mors aux dents, peut-être. La mort aux trousses, sûrement pas.

Daniel RIOT

 

Les commentaires sont fermés.