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25/02/2008
Le Tandem a trahi ses électeurs
JDD - 21/02/08 - Entrée en politique avec la majorité sortante en 2001, Chantal Cutajar a pris ses distances à peine un an plus tard. Séduite par le discours de François Bayrou, elle se présente aux municipales sous l'étiquette Modem. Avec le concours de Yann Wehrling, elle entend mettre "l'écologie intelligente" au coeur de sa politique, et proposer une alternative entre deux équipes sortantes.
On est très enthousiaste, on sent qu'il y a une véritable voie pour le Modem à Strasbourg, qui est complètement détachée des clivages politiques habituels. Et surtout, un choix différent de celui qui existe entre un ancien maire et un ancien maire.
Vous vous présentez sous l'étiquette Modem, alors que vous aviez été élue sur la liste sortante en 2001, dont vous vous êtes rapidement écartée...
C'est un monde difficile, cruel... Moi je suis arrivée en politique en 2001 parmi ceux qu'on appelle les personnalités qualifiées, la société civile. J'ai rejoins François Bayrou en 2005, puis j'ai créé le groupe d'une UDF libre au conseil municipal, et depuis je ne cesse de tenter de relayer les convictions qui sont élaborées à Paris.
Qu'est-ce qui vous a attiré dans le discours de François Bayrou?
Il fait naître un espoir, à une période où le désintérêt de la chose politique est flagrant, où nos concitoyens n'y croient plus. Je le vois avec celles et ceux qui nous ont rejoint. Il y en a qui viennent de la société civile, qui n'ont jamais eu d'engagement politique et qui se disent, cette fois-ci ça peut marcher. C'est compliqué, on ne va pas le nier. Mais on regarde dans la même direction, et on se dit que ce qui est important, ce sont les hommes et les femmes.
Dans l'optique d'un second tour, que vous soyez qualifiée ou pas, la question des clivages et des alliances se posera malgré tout...
Aujourd'hui, je n'ai aucune rencontre avec personne. Au soir du premier tour, je m'entretiendrai avec François Bayrou, et nous déciderons ensemble de ce qu'il y a lieu de faire. Sachant qu'au Modem c'est la compatibilité des projets qui commande les rapprochements. Je n'ai pas de conflit de personne. Je suis arrivée sur la liste de Fabienne Keller en 2001 parce que son slogan de campagne c'était: "La priorité c'est vous." Elle a trahi ses électeurs en commençant à avoir une politique d'édification de bâtiments à la gloire des bâtisseurs. Moi je n'ai pas changé, donc je me présente devant les Strasbourgeois en disant que je veux les mettre au coeur de ma politique.
"Une ville exemplaire sur les impératifs écologiques"
Les derniers sondages ne vous sont pas du tout favorables. Vous restez optimiste?
L'avenir appartient à ceux qui croient. Mon objectif, c'est 29%, très clairement. J'ai fait 12% aux législatives. Il y avait une candidate, madame Calderoli-Lotz, qui incarnait les voix de droite anti-tandem, elle a fait 8%. On va prendre 5% ou 6% aux Verts, parce que nous on fait de l'écologie intelligente, et quelques pour cent au PS, parce qu'il a fait une liste d'apparatchiks dont les Strasbourgeois ne veulent pas.
Mais la politique, ça n'est pas des mathématiques...
Moi je me fixe des objectifs réalistes, parce que je fais des calculs, et que je vois qu'entre un ancien maire et un ancien maire, peut-être que les Strasbourgeois préfèreront quelqu'un de nouveau. Ils se rendent compte que ni cette municipalité ni celle qui l'a précédée ne leur ont donné satisfaction. Voilà pourquoi, de manière naturelle et parce que notre programme est orienté vers les difficultés des Strasbourgeois et la solution à ces problèmes, j'y crois.
Quelle est la philosophie de votre programme, celle qui se cache derrière ce slogan "Générations mieux vivre"?
Toutes les mesures que nous avons élaborées l'ont été au filtre de trois volontés. L'augmentation du pouvoir d'achat, parce que c'est une condition du mieux vivre. La liberté de parole et le pouvoir de décision de nos concitoyens sur la gestion des choses qui les concernent au plus près. Et enfin, le passage de toutes les mesures au crible de leurs conséquences sur le développement durable. Donc une écologie intelligente, compatible avec le développement économique. Cela, j'ai voulu l'incarner en mettant à la deuxième place Yann Wehrling, qui aura ce rôle que Nicolas Hulot avait appelé vice-Premier ministre. Ce n'est pas une caution verte, c'est véritablement l'idée de faire une ville qui soit exemplaire sur le développement économique dans le respect des impératifs écologiques.
Le pouvoir d'achat n'est, généralement, pas de la compétence du maire...
C'est une vraie préoccupation de nos concitoyens, donc nous devons mobiliser tous les leviers qui sont à notre disposition. J'ai quelques mesures phares: rendre le stationnement gratuit en supprimant tous les parcmètres. Inciter les Strasbourg à ne plus prendre leur voiture, parce que c'est moins de bouchons et que c'est du pouvoir d'achat gagné sur le prix de l'essence. Nous allons également équiper les logements sociaux à construire et favoriser par des mesures fiscales des économies d'énergie. On peut aller jusqu'à économiser 20%, ce qui correspond à un mois de loyer.
"Il fallait sortir de Dallas..."
La démocratie locale est l'un des points noirs de la ville. Comptez-vous y remédier?
On veut donner aux adjoints de quartier les compétences pour régler les problèmes du quartier. Il faut aussi rénover totalement les instances de concertation, parce que les conseils de quartier ont été instrumentalisés. L'autre innovation, c'est le recours au référendum d'initiative locale. Je m'engage à ce que lorsque 20% des électeurs inscrits demandent un référendum, on l'organise, et qu'on suive son résultat. Sur l'Aubette (monument historique du centre de Strasbourg qui va devenir une galerie marchande, ndlr) par exemple, j'avais demandé un référendum, mais Fabienne Keller n'a pas voulu en entendre parler, en grande démocrate devant l'éternel. Alors qu'il y a un projet alternatif de nos concitoyens, une halle des saveurs européennes, avec des artisans. Ça, c'est une chose qu'on fera sauter, je me suis engagée.
La place de Strasbourg dans l'Europe est également menacée...
Ce côté germanophobe de Robert Grossmann a bloqué le dispositif de l'eurodistrict, alors qu'il fera de nous une véritable métropole. De même, au niveau local, il y a un plan triennal, où sont censées être inscrite les lignes budgétaires pour les projets européens. Et il y a le Zénith dedans. Ça suffit! On a déjà fait l'Europe des marchands. Strasbourg, c'est le symbole de l'Europe politique, de la justice.
Vous avez été désignée par un vote des militants, mais votre liste a connu beaucoup de remous, avec le départ de ses numéros 3 et 4, Jean-Claude Petitdemange (ex-PS) et Ludmilla Hug-Kalinkova (ex-majorité sortante) début février. Vous n'avez pas peur que ça nuise à votre image anti-clivages?
Non. Je crois que c'est très positif. J'avais accepté l'arbitrage de François Bayrou pour éviter un éclatement, avec le souci de faire que ça marche. Après, il fallait avancer, sortir d'Hélène et les garçons ou de Dallas, et entrer dans les choses sérieuses. Le jour du premier grand meeting, j'ai donné la parole à Ludmilla Hug-Kalinkova, et elle a dit qu'elle ne se sentait pas associée. Je l'ai ressenti comme un coup de poignard dans le dos. Ils refusaient aussi d'assumer la solidarité sur l'emprunt de 120 000 euros pour cette campagne, que mes cinq premiers colistiers ont assuré. Donc je ne pouvais pas laisser perdurer une situation où ils ne participaient pas à la campagne, où ils se mettaient dans les chaussons du 3e et du 4e, où ils étaient élus pendant que les autres derrière ramaient.
23:20 Publié dans Municipales 2008 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

