Trentième femme la plus influente de la planète pour le magazine Forbes, désormais première femme ministre de l'Economie des pays du G7... vous n'avez pas pris la grosse tête ? J'ai toujours été ramenée à la réalité par mes enfants. Lorsque le Wall Street m'a classée 5e femme plus influente d'Europe, j'étais plutôt flattée. Je suis rentrée à la maison et mes fils m'ont dit : "Cinquième, c'est tout ?" Ils m'ont rappelé que lorsqu'ils ramenaient un 16 sur 20 en maths je leur disais : "Seulement 16 !"
Que comptez-vous faire pour faire bouger l'économie du pays ? Réaliser les promesses du candidat Nicolas Sarkozy, devenu président de la République. Il s'est engagé à tenir ses promesses une fois élu. A travers ce ministère reformé, j'aurai trois objectifs clés : restaurer la confiance, stimuler la croissance et stimuler l'emploi.
Quelle mesure vous semble-t-elle la plus urgente ? Le projet de loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat. La feuille de route est claire : réhabiliter le travail, rétablir et respecter les grands équilibres financiers qui permettent à un pays de construire une économie saine et insuffler la croissance. Nous allons présenter la loi au Parlement la première semaine de juillet. Parole donnée, parole respectée.
Concrètement, qu'est-ce que cette loi va changer ? Toutes les mesures envisagées visent à encourager les salariés à travailler tout au long de leur vie en jouant sur le levier fiscal et sur les charges sociales qui pèsent sur le travail. Ainsi, au début de la vie, les jeunes de moins de 26 ans seront exonérés d'impôt sur le revenu dans la limite de quinze Smic par an. Ensuite, les salariés qui veulent travailler plus le pourront en gagnant plus. Les heures supplémentaires seront exonérées d'impôt et de charges. Même incitation à rendre le travail payant pour ceux qui sont confrontés à la précarité puisque le futur revenu de solidarité active rendra plus attractif le retour au travail. Enfin, à la fin de la vie, le fruit du travail pourra être transmis au conjoint en étant entièrement exonéré. 95 % des successions sont touchées par cette mesure.
Combien tout cela va-t-il coûter ? En tout, ces allégements fiscaux devraient représenter 11 milliards d'euros.
On loue votre professionnalisme et votre énergie. Cela suffira-t-il à faire bouger une maison dont on dit qu'elle préfère marcher toute seule ? Nous allons essayer d'agir avec une bonne dose d'humilité et de créativité. Et puis je compte sur le mandat très fort accordé par les Français au président de la République et sur ses méthodes, que je trouve exemplaires.
Les Etats-Unis, où vous avez vécu, seront-ils votre boîte à idées ? Dans le principe, comparer est utile. Et Nicolas Sarkozy ne se prive pas d'aller chercher de bonnes idées là où elles marchent. J'ai eu l'occasion de voir des choses intéressantes aux Etats-Unis et dans la trentaine de pays que j'ai eu à connaître lorsque je dirigeais un grand cabinet d'avocats. Je pense, entre autres, à certaines manières de valoriser le travail ou à la TVA sociale danoise.
Quel sera l'impact du paquet fiscal sur la croissance et le déficit de la France ? En mettant l'accent sur la relance du travail tout au long de la vie professionnelle, nous allons stimuler la croissance. Pour maîtriser le déficit, nous compterons sur deux leviers : la hausse du Produit intérieur brut et des recettes fiscales tirées par la croissance, et une politique de strict contrôle des dépenses publiques couplée à des réformes inédites de modernisation de l'Etat.
"J'espère que les riches vont revenir" A quel niveau attendez-vous le chômage en fin d'année ? Il est trop tôt pour que je fixe un pourcentage. Mais nous sommes sur un chemin vertueux. Et la polémique sur le chiffrage du chômage par l'Insee, en décalage par rapport aux estimations de cette administration, sera bientôt tranchée. J'ai signé une lettre de mission pour que les choses soient tirées au clair dans les semaines prochaines.
La croissance française demeure plus modeste que celle de nos voisins. Pourquoi ? Pour gagner un point de croissance par an, des marges de manoeuvre existent. Nous l'obtiendrons en travaillant plus, en développant une saine concurrence et en stimulant l'innovation, notamment dans les services. Il faut en particulier que les jeunes entrepreneurs puissent démarrer un projet et créer une entreprise plus simplement, à la manière de ce qui se pratique aux Etats-Unis, avec les zones franches constituées autour des universités pour les entreprises.
Maintiendrez-vous la TVA à 5,5 % au profit des travaux de rénovation dans les logements ? Nous ne devons par perdre de vue l'utilité qu'a eue cette mesure pour éviter le marché gris et le travail au noir.
Le bouclier fiscal fera-t-il revenir les Français exilés pour échapper à l'impôt ? J'espère que les riches vont revenir pour qu'ils consomment et investissent en France plutôt qu'à l'étranger ! Mais l'efficacité du bouclier dépendra de deux facteurs : la confiance et le sentiment de pérennité.
Ce gouvernement va-t-il renouer avec les privatisations et quel sort réservera-t-il aux dossiers Suez-Gaz de France, Areva et au nouveau champion de la Bourse, EDF ? Je dois discuter de ces trois dossiers prochainement avec Nicolas Sarkozy et François Fillon. La pleine ouverture des marchés européens de l'énergie à la concurrence le 1er juillet prochain justifie que nous réfléchissions aux problématiques de ce secteur. S'agissant d'EDF, la participation de l'Etat, qui représente 87 %, n'a pas vocation à diminuer significativement.
Un portrait de Christine Lagarde sur le JDD>>>>>>