25/08/2007
Bayrou salue en Raymond Barre "un Homme d'Etat " qui "tenait le cap"

Raymond Barre (Sipa)
"M. Raymond Barre est décédé cette nuit samedi 25 août 2007 à l'hôpital du Val-de-Grâce", a fait savoir sa famille.
L'ex-Premier ministre et ancien maire de Lyon avait été hospitalisé le 12 avril à Paris après avoir été victime d'un malaise cardiaque sur la Côte d'Azur.
Il s'était retiré de la vie politique en 2002 pour des raisons de santé.
En février dernier, ses propos sur son ancien ministre Maurice Papon et le "lobby juif" avaient provoqué une vive polémique.
"Meilleur économiste de France"
Né le 12 avril 1924 à Saint-Denis, sur l'île de la Réunion, Raymond Barre, qualifié de "meilleur économiste de France", fut Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing de 1976 à 1981 et a incarné la politique de "rigueur."
Maire de Lyon (1995-2001) et député du Rhône, il avait été en outre candidat malheureux à l'Elysée en 1988, battu au premier tour par François Mitterrand et Jacques Chirac.
Raymond Barre, qui avait eu 83 ans le 12 avril, souffrait depuis plusieurs années de problèmes rénaux et cardiaques.
En 2001, il avait renoncé à se représenter à la mairie de Lyon pour des raisons de santé. L'année suivante, il abandonnait son mandat de député dans sa circonscription du Rhône pour les mêmes raisons.
Gouverner la France au centre
Il avait publié au début de l'année "L'expérience du pouvoir", un livre d'entretien avec le journaliste Jean Bothorel dans lequel il revenait sur sa carrière atypique de professeur d'économie entré sur le tard dans l'arène politique.
Il y réglait des comptes avec Jacques Chirac ("Le Chirac humain, chaleureux, je l'apprécie. Pour le reste, je suis incapable de lui reconnaître la moindre conviction, sauf l'obsession du pouvoir").
Il revenait aussi sur sa candidature à l'élection présidentielle de 1988 et sur la nécessité, à ses yeux, de gouverner la France au centre.
"(...) Je n'aurais eu aucune objection de principe à gouverner avec des socialistes raisonnables, à l'instar de ce que l'on a vu dans d'autres pays européens", y disait-il notamment.
"Je crois que notre pays a besoin de cet équilibre, sinon le débat politique se crispe jusqu'à se caricaturer", ajoutait-il.
"Raymond Barre n'a jamais été, n'a jamais voulu être un homme politique comme les autres. Avant tout grand universitaire de vocation et de tempérament, (...) il a placé au-dessus du reste l'indépendance d'esprit, la compétence et le courage, fût-ce électoralement sacrificiel, fût-ce exprimé avec un brin de provocation", écrivait alors le commentateur Alain Duhamel dans une chronique sur cet ouvrage publié dans l'hebdomadaire Le Point.
"Un goût de la liberté"
"Raymond Barre a été soutenu, admiré, aimé, par beaucoup de Français, parce qu'il était un homme d'État, c'est-à-dire quelqu'un qui mettait l'intérêt général de son pays au-dessus des intérêts particuliers des clans, des partis, ou des hommes. Y compris au-dessus de ses intérêts personnels", a estimé François Bayrou, le président du MoDem.
"Et il tenait le cap. Il suffit de rappeler que, Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing, dans une des périodes les plus difficiles de notre histoire récente, la France est en 1981 un pays modernisé et les moins endettés du monde occidental", a souligné le leader centriste.
"Il y avait en lui un goût de la liberté qu'il défendait avec drôlerie, avec jubilation, parfois avec provocation, refusant les compromissions habituelles à un monde politique auquel il apportait courage et altitude", a-t-il ajouté.
Interrogé sur les propos antisémites tenus par Raymond Barre le 1er mars 2007 sur France Culture, François Bayrou prend ses distances: "Que dans la dernière émission que la maladie lui ait permis de faire, il ait eu cette expression, inacceptable, cela a peiné beaucoup de ses amis, beaucoup de ceux qui l'ont suivi. Cela prouve que les hommes, même quand ils sont grands, ont leurs faiblesses, leurs taches noires qu'il faut regarder en face", a-t-il dit.
"Un compagnon de route" de VGE
L'ancien président Valéry Giscard d'Estaing a déclaré samedi matin que "la France vient de perdre un de ses meilleurs serviteurs". "Son action s'inscrivait dans la grande ligne de ceux qui depuis Colbert ont construit la prospérité de notre pays", a déclaré VGE dans un communiqué.
"Le milieu politique a eu du mal à comprendre sa démarche solitaire et désintéressée qui était trop éloignée de ses habitudes. Et l'opinion publique n'a réalisé que tardivement qu'il travaillait en réalité pour son bien", ajoute VGE.
Valéry Giscard d'Estaing explique que Raymond Barre était pour lui "un compagnon de route".
13:50 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poitique, bayrou, modem, barre, relatio
08/03/2007
« L’affaire Barre » : Des « propos inacceptables »
Le billet de Chantal CUTAJAR
Oui, il y a une « affaire Barre ».Ses déclarations (sur France Culture) à propos de Papon et de Gollnisch et sur l’existence « d’un lobby juif capable de monter des opérations indignes » sont moralement, intellectuellement et politiquement inadmissibles. Sont-elles juridiquement condamnables comme Claude Lanzmann l’affirme et comme le MRAP se le demande ? SOS Racisme a fait une démarche auprès du Garde des Sceaux Pascal Clément en lui demandant d'engager des poursuites contre l'ancien Premier ministre.
En attendant une suite judiciaire éventuelle, Barre a précisé : « Il y a une clique qui depuis 1979 me poursuit pour me faire apparaître antisémite. Je dois vous dire que les procédés sont très singuliers mais que cela me laisse totalement indifférent et c'est mon indifférence qui les outrage (…) Je dois vous dire qu'au moment du procès de Monsieur Papon, nous avons été deux à témoigner, non pas sur le passé mais sur ce que nous connaissions, c'était Olivier Guichard et moi-même. On ne peut pas nous soupçonner de quelque façon que ce soit d'être collaborationnistes, ni d'être antisémites, je tiens à le dire »
Personnellement je combats trop les racismes, l’antisémitisme, le révisionnisme et je suis trop inquiète de la lepénisation des esprits et de la banalisation de l’idéologie véhiculée par le Front national, pour ne pas être très choquée par les propos de l’ancien premier ministre et pour ne pas les condamner. Avec fermeté. A titre personnel et en tant que Présidente de DpJ, le Droit pour la Justice.
Politiquement, François Bayrou, avec sobriété mais clarté, a déclaré, selon l’AFP : « Il n'y a rien à commenter, rien à discuter, rien à expliquer, ces propos sont purement et simplement inacceptables. Je le dis avec tristesse mais avec certitude. Ces affirmations et ces références mettent en cause les valeurs de la République, qui nous permettent de vivre ensemble dans notre pays ».
Edith Lenczner, responsable de la communication au Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) a déclaré au NouvelObs.fr : « Nous espérons maintenant que la condamnation de François Bayrou donnera l'exemple. Nous attendons une condamnation audible du monde politique. Le président du Crif, Roger Cukierman, a d'ailleurs envoyé des courriers aux candidats à la présidentielle pour leur demander de prendre publiquement position contre les déclarations de l'ancien Premier ministre. ». Espérons-le…
Chantal CUTAJAR
Pour rappel. Voir cette déclaration de François Bayrou qui figure en bonne place sur son site de campagne (rubrique « propositions ») :« Quelle que soit la personne attaquée, que ce soit un musulman, un catholique ou un juif, un Français et une communauté intégrée du peuple français méritent la même attention et la même émotion, le même bouleversement, et la même solidarité.
Il faut toujours se méfier, toujours être vigilant. L’antisémitisme n’appartient pas au passé. Il est prêt à se réveiller, surtout chez les esprits fragiles, surtout dans les moments de tension. C’est comme une malédiction. La vieille dérive antisémite chez les chrétiens a pratiquement disparu … et au moment où l’on s’apprêtait à respirer, on voit aujourd’hui grandir un nouvel antisémitisme, aux racines gauchistes, tiers-mondistes, qui reprend les mêmes abjections ‘relookées’. Comme si ce n’était jamais fini ! …
Le peuple juif a été le bouc émissaire de toute l’horreur et de toute la barbarie du monde. Le sort d’Israël importe non seulement aux Israéliens, ou aux Juifs, mais surtout à l’ensemble de l’humanité ! L’avenir d’Israël, c’est la pierre de touche de notre capacité à refuser la fatalité.
La sympathie qui m’est manifestée dans la communauté juive me touche beaucoup. Je refuse la démagogie et la complaisance, je n’ai pas deux langages. J’ai mis beaucoup de moi-même à réfléchir à l’histoire du peuple juif, à son destin, à sa mission. Je lis beaucoup la Bible.
Je suis moi-même un homme religieux, et c’est pour cela que je crois nécessaire de bien délimiter le domaine de la foi et de la pratique - personnelles, familiales ou communautaires - et le domaine des principes républicains qui nous permettent de tous nous retrouver. »
A lire aussi>>> : Bayrou face au racisme
01:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bayrou, barre, antisémitisme, justice, politique

