A l’aise Le Pen. Chirac avait des principes et des convictions. Sarkozy, visiblement, en a moins…Donc le FN se sent mieux à l’aise… Moins en marge, comme réintégré dans cet « espace républicain » d’où jusqu’à présent s’excluaient ceux qui prêchaient les atteintes aux droits de l’homme, les idéologies d’exclusion et de discrimination, les idées porteuses de la haine de l’Autre…
A force de pêcher dans les eaux de Le Pen, Sarkozy n’est-il pas tenté d’abandonner sa gaule et ses hameçons et de s’y baigner. Après l’arroseur arrosé, le pêcheur pêché ? Chirac redit ta chanson contre les périls de l’extrémisme : ton fiston indigne (et ingrat) de Neuilly est déjà allé trop loin dans les flots gris pour en sortir propre… Encore un coup dur pour Simone Veil et quelques autres…

D’ailleurs, Sarkozy, « Sarkopoléon-le-petit » (comme il a été surnommé avec un excès d’indulgence) n’a-t-il pas ce goût de l’autoritarisme (cet ennemi de l’autorité), cette admiration pour une société plus policière que policée, cet oubli de « l’égale dignité humaine » (fondement des droits de l’homme), cette conception des frontières-clôtures (opposée à celle des frontières-ponts), ce sens de la solidarité réduite à une lâche charité et transformée en alibi, cette adhésion sournoise au darwinisme social (cette trahison de Darwin) qui fait de la compétition la valeur suprême ? Le FN ne parle innocemment d’un « nouveau climat » pour qualifier ses relations avec le candidat de l’UMP…
Le Pen prêt à voter Sarkozy et à gouverner avec lui
Jean-Marie Le Pen, mardi soir à l’émission « Les 3 marches » LCI-Le Figaro,a non seulement envisager un vote éventuel Sarko au deuxième tour,il a accepté d’« imaginer » que le FN puisse participer à un gouvernement d’union nationale (à la sauce Sarkozy) si se produisait « une situation suffisamment dramatique » pour que cela soit envisageable…
Olivier Martinelli, directeur de cabinet du président du FN, interrogé hier par Le Figaro, parle de « changement de climat ». Nicolas Sarkozy, ajoute-t-il, « n’a pas contre le FN les mots très durs de Chirac, il a émis le souhait que Le Pen ait ses parrainages ». « Le Pen est un pragmatique, ce sont des choses dont il tient compte »… «Il n’y a plus le fossé qui existait avant. Nicolas Sarkozy défend les valeurs traditionnelles de la droite, cela nous rapproche. Si d’aventure, les relations se normalisaient, cela changerait beaucoup de choses. » Et d’ajouter qu’« une période est peut-être en train de s’achever ».
Le péril Le Pen en 2007 : des « votes Sarkozy »
A droite, droite… A l’extrême droite, toutes ! Le trio Sarkozy-Le Pen-De Villiers se soude, peu à peu : leurs rivalités internes deviennent-elles plus politiciennes que politiques ? Sarkozy saura évidemment mettre ses habits de cérémonie des valeurs humanistes et son bleu de travail de sa « dimension sociale » pour démentir ce constat et crier haut et fort à la diffamation, à l’insulte, à l’injure. Et ses supporters (qui deviennent des « fidèles » à force de tomber dans le culte du « chef ») vont me mettre à l’index… Soit.
Mais je crois trop en l’humanité, malgré l’ensauvagement chronique des têtes et de la société, pour ne pas croire que les vrais gaullistes et les vrais « centristes » qui se sont déjà noyés dans une UMP « sarkorizée » ne vont pas réagir, ne serait-ce que vis-à-vis d’eux-mêmes, de la fidélité en leurs valeurs, de leur idéaux…
Le « train fantôme Vichy-Moscou » qui sillonne toujours les campagnes et les villes françaises (et qui explique ce faux clivage droite-gauche) a perdu sa locomotive révolutionnaire, mais sa motrice réactionnaire tourne à plein !

Le TSS ? Bayrou dès le premier tour
Le péril Le Pen existe : c’est vrai. Il est dans le vote Sarkozy puisque déjà Le Pen est prêt à voter pour lui, donc se reconnaît en lui. Comme toutes les lignes de forces des sondages (et pas seulement des photographies sur les intentions de vote) marquent l’extrême probabilité d’une défaite de la candidate de la nébuleuse socialiste dans un « match » au deuxième tour, l’équation Présidence=Bayrou devrait perdre bien des inconnues. Ce n’est ni un jeu ni un pari : 25 ans de mauvaise gouvernance de l’UMPS a fait le lit de Le Pen… Sarkozy change les draps et le borde… Le « Tout sauf Sarkozy » (le TSS) passe par un vote Bayrou dès le premier tour, surtout dans la mesure où Le Pen (qui lui n’a changé en rien, malgré les sourires de Marine et les postures sympathiques du papy Jean-Marie) retrouve ses idées et son reflet dans les propos et les comportement du Prince de Neuilly…
Le recteur de Lyon « kärcherisé » pour…Chiraquisme
A propos de comportements, de façon de gouverner, de manière d’user et d’abuser du pouvoir, je trouve que les média (si généreux lorsqu’il s’agit de dauber sur les oreilles, le tracteur ou, ces jours-ci, l’épaule meurtrie de Bayrou ou sur les faiblesses criantes et criardes, il est vrai, de Fée Ségolène) sont vraiment très discrets sur les faces honteuses de Sarko-l’intouchable : ses bévues, ses écarts de langage, ses confusions et ses incohérences dans ses discours et surtout ses contre vérités assénées avec une mauvaise foi tranquille…
Son coup de colère dans le coin maquillage de France Europe Express est plus révélateur de la vraie personnalité de Sarkozy que tous les personnages qu’il tente d’incarner dans ses multiples jeux de rôles… L’éviction du recteur de Lyon pose de vrais problèmes de fond : séparation des pouvoirs, mélange des genres, confusion des compétences ministérielles, redéfinitions du crime de lèse-majesté, de délit d’opinion et de devoir de réserve, impartialité de l’Etat, importance du clanisme dans cette République monarchique que Sarkozy rêve de rendre impériale…

« Je ne suis pas mis à l’écart. Je ne suis pas déplacé, je ne suis pas muté, je suis viré, c’est clair, c’est net. Je préfère dire que je suis karchérisé. Le choix de sanctionner ainsi un fidèle serviteur de l’Etat dénote une méthode, une philosophie, une approche de la chose publique qui est inquiétante. Je m’inquiète de cette approche nouvelle de la vie démocratique » dit Alain Morvan, le recteur « viré » pour cause de… chiraquisme trop affiché, donc de respect des valeurs républicaines trop prôné.
« Je croyais qu’il existait un ministère de l’Éducation nationale ; en vérité, tout remontait ailleurs, c’est là que se trouve le véritable pouvoir (…) Le rôle du ministère de l’Intérieur est très clair dans ma mise à l’écart », a lancé Alain Morvan en se consolant : « cette révocation justifie le combat que j’ai mené »
Lutte contre le révisionnisme et le communautarisme
On le sait, mais il faut insister (et surtout ne pas oublier) : Alain Morvan avait pris des positions hostiles à l’ouverture du collège-lycée musulman al-Kindi de Décines (Rhône). Il a également évoqué comme raison de son remplacement « l’opération mains propres » qu’il a menée au sein de la faculté de droit de Lyon-III pour lutter contre le négationnisme. « Ce que j’ai fait sur Bruno Gollnisch, je l’ai fait contre ma hiérarchie », a-t-il affirmé. Ce qui bien sûr ajoute un scandale au scandale…
Alain Morvan ajoute « C’est le paradoxe de cette affaire qui est à la fois douloureuse et valorisante : je suis viré pour les actions dont je suis le plus fier. La lutte contre le négationnisme à Lyon III, et ma vigilance contre le danger du communautarisme Il suffit de voir ceux qui se réjouissent de mon limogeage, pour en comprendre les motivations: l’extrême droite et un certain extrémisme islamiste ». Là encore, il n’y a pas de hasard : « l’Internationale des extrémismes, des intolérances, des geôliers des libertés mises sous clefs » n’a nul besoin d’être structurée pour exister.

Qu’un authentique Républicain démocrate soit puni par Sarkozy pour sa résistance à ceux qui déshonorent l’Université française, portent atteinte à la laïcité réelle et enlaidissent le mot « Communauté » nous conduit au-delà des frontières de l’admissible, du tolérable, du supportable. Et nous pousse à poser une question grave : Et si cette transgression des valeurs républicaine n’avait rien d’une exception ? Et si dans l’esprit du candidat à l’Elysée en tête dans les sondages, il ne s’agissait pas là d’une transgression mais l’exercice normal d’un droit normal ? Et si la sanction infligée au recteur « kärcherisé » n’était qu’un avertissement pour un avenir où « tout est possible », surtout le fait qu’un « BON français » soit un Français « sarkozyste » ?
Un « Anxiogène de la République »
Déjà, dans trop d’échelons de la République, et dans trop de domaines d’activité, « l’Etat UMP » (et « l’Etat PS », d’ailleurs mais dans une moindre mesure) pratique un favoritisme d’opinion (avec tout ce que cela comporte)… « Sarkozy, nous voilà ! » : chanterons-nous dans les écoles des chansons à la gloire du Président? La Nation française renouerait avec quelques pages noires de son histoire… Mais qui disait qu’il pouvait y avoir de la jouissance dans la soumission ? Peut-on en ce XXI ième siècle, imaginer une « France debout » avec des Français couchés devant ses valeurs ?
Seuls ceux qui oublient le zèle avec lequel « on » peut parfois obéir aux ordres et même appliquer par anticipation des mesures liberticides peuvent penser que j’exagère.

Je ne suis évidemment pas de ceux qui crient « Sarko fascho » : c’est ridicule, faux, insultant et cela banalise dangereusement le mot… Mais ce n’est pas de ma faute si Le Pen se reconnaît en partie dans les attitudes de Sarkozy et si la défense d’Alain Morvan, connu pour ses idées chiraquiennes, me semble naturelle en notre REPUBLIQUE et INDISPENSABLE en notre DEMOCRATIE. En faisant sanctionner ce Recteur vertueux, Sarkozy s’est lui-même mis dans le camp des « Anxiogènes de la République »
Sarkozy, un GGM : Gaulliste génétiquement modifié
L’eau de Vichy n’a donc pas besoin de se lancer dans une campagne de pub : celui qui se prétend héritier du gaullisme (sans faire beaucoup de référence à De Gaulle, il est vrai), qui cite Rivarol en référence et qui s’inspire des conceptions racialistes (ou racistes) de l’identité nationale vue par Laval assure sa promotion.
Il paraît que les Français apprécient d’ailleurs : 30 % ne se disent-ils pas « racistes » ? 48% ne trouvent-ils pas qu’il y a trop d’immigrés en france? La très grande majorité n’oublie-t-elle pas que le président de la République est d’abord le gardien des valeurs de la République ?

On voit où est vraiment la « rupture » annoncée par Sarkozy ? Elle est avec ce que Chirac (si critiquable par ailleurs) avait de meilleur et qu’il exprime bien dans les deux préfaces de ses recueils de discours. Des réquisitoires contre tout ce qui sert d’engrais à Sarkozy, cet GGM, ce « Gaulliste génétiquement modifié ».
Elle est aussi dans une aggravation du mélange des genres, de la concentration et de la personnalisation du pouvoir. Sur point, Lionel Jospin voit sans doute juste : « La présidence Sarkozy” serait “une concentration sans précédent du pouvoir entre ses mains”, a-t-il estimé en prévoyant en cas d’élection du président de l’UMP, « une pression permanente sur la justice, un interventionnisme constant dans les médias, une confusion avec le pouvoir économique ». Comme les Français ne sont pas des « veaux », cela pourrait finir très mal… Avec ces déchaînements de mécontentements que nous connaissons si bien, cette spirale « agitation-répression » si difficile à enrayer quand elle est lancée et ses désordres qui ne sont évidemment pas faits pour guérir la France de ses maux.
L’indispensable « révolution pacifique » de Bayrou
Si la « révolution pacifique » prônée par Bayrou ne marche pas, c’est une autre insurrection qui menacera. Hors des urnes ! Le « besoin d’air » réclamé par le MEDEF risquerait d’avoir l’odeur âcre du gaz lacrymogène…
Pessimisme ? Non ! Souvenirs du « La France s’ennuie » de Pierre Vianson-Ponté à la veille de mai 68… Aujourd’hui, malgré les ébats électoraux, la France s’endort en oubliant la gravité de la crise qu’elle connaît, l’ampleur des défis qu’elle doit relever, le travail collectif qu’elle doit accomplir dans un rassemblement citoyen, pour payer la facture des impuissances cumulées durant un quart de siècle par un faux bipartisme pernicieux avec de faux clivages qui ont engendré de vraies divisions additionnées.

La paix, la vraie, n’est pas que l’absence de guerre. La mobilisation citoyenne, républicaine, ne se justifie pas qu’en temps de guerre. Notre crise est telle, notre endettement est tel, la faiblesse de notre croissance est tel, les fractures sociétales sont telles, le déclin de notre influence en Europe et dans le monde est tel, les inégalités entre Français sont telles, le désenchantement en la politique est tel que SEUL le choix de Bayrou dès le premier tour peut dégager un vrai horizon d’espérances et ouvrir les chantiers d’un vrai renouveau.
En 2002, Chirac a eu tort de ne pas écouter Bayrou ; nous avons perdu Cinq ans. En 2007, si nous n’écoutons pas Bayrou, nous risquons d’en perdre cinquante… Parole de militant ? Non. Je ne suis pas encarté à l’UDF. Expression d’une conviction qui ne cesse de croître au fil de la campagne… même si les sondages le donnent en recul.
Daniel RIOT








Je reprends ici en "tribune libre" , un texte de 
